La Fédération des Églises protestantes de Suisse veut renforcer son engagement européen

Le Conseil de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) est rentré ce week-end d’un voyage de cinq jours à Strasbourg et Bruxelles. Le Conseil a conduit de nombreux entretiens avec des représentantes et représentants d’organismes européens et avec des institutions des Églises qui travaillent des questions de dimension européenne. Les résultats de ces nombreux contacts renforcent le Conseil dans l’engagement qu’il a eu jusqu’ici en Europe ; le Conseil entend à l’avenir aussi réfléchir à l’établissement d’une présence permanente auprès des institutions œcuméniques européennes.

La délégation suisse, composée de membres du Conseil de la FEPS et de représentants de grandes Églises membres a rencontré à Strasbourg trois des représentants suisses au Conseil de l’Europe, Andreas Gross, Rosmarie Zapfl et Walter Schmied, ainsi que le Commissaire européen aux droits humains Alvaro Gil-Roblès et Luzius Caflisch, juge suisse auprès de la Cour européenne des droits humains.

A Bruxelles, le programme prévoyait des visites auprès de divers représentants de l’Union européenne, en particulier ceux en charge des relations bilatérales avec la Suisse ou des relations avec les Églises et communautés religieuses. Une réception chez l’ambassadeur suisse auprès de l’Union européenne Bernhard Marfurt compléta ces entretiens.

La délégation a eu divers contacts aussi bien à Strasbourg qu’à Bruxelles avec des organisations d’Église, en particulier la Conférence des Églises européennes (KEK), dont la FEPS est un des membres et qui a son siège à Genève. Les bureaux de la KEK à Strasbourg et Bruxelles représentent les Églises protestantes et orthodoxes auprès des institutions européennes.

Des sujets sont traités et des décisions prises aussi bien au Conseil de l’Europe à Strasbourg que dans les organes de l’UE à Bruxelles qui ont une signification et une portée sociale importantes, par exemple dans les domaines de la bioéthique ou celui de l’asile et de la migration. Il est important pour les Églises de pouvoir apporter leur opinion sur ces sujets dans les processus de prise de décision, dans le sens de la recherche du bien pour l’ensemble de la société. Elles disposent grâce à leurs compétences théologiques et éthiques de critères d’appréciation qui sont souvent utiles, voire souhaités par les organes concernés de l’UE.

Les entretiens du Conseil ont toutefois également montré que l’apport de cette perspective protestante sur le plan européen n’est pas une entreprise aisée. Les Églises ne sont pas sollicitées automatiquement. Le « lobbying » à Strasbourg et Bruxelles s’est fortement professionnalisé ces dernières années. Ce n’est que par des apports de haute qualité, des réseaux d’informateurs et de manière conjointe avec d’autres qu’il est possible d’exercer une influence réelle. Un handicap supplémentaire pour les Églises provient du fait qu’en particulier depuis le 11 septembre 2001 la religion est considérée plutôt comme une partie du problème que comme un moyen pour le résoudre. En conséquence, on observe une certaine retenue de la part des responsables de l’UE. Pour les Églises, il n’en est que plus important de se maintenir comme un partenaire fiable par un travail de fond de longue haleine.

La FEPS s’engage depuis de nombreuses années dans le processus de construction européenne. Les entretiens de Strasbourg et de Bruxelles, qui doivent encore être évalués en détail, renforcent l’opinion d’élargir encore cet engagement. En particulier, la création d’une représentation permanente auprès des institutions œcuméniques européennes doit être étudiée, non pas en cavalier seul, mais en collaboration avec d’autres Églises. L’expérience à Strasbourg et à Bruxelles montre qu’une organisation est d’autant plus écoutée qu’elle regroupe plusieurs voix.

Une telle représentation permettrait à la FEPS de faire connaître plus directement son travail et les sujets importants pour ses Églises membres, ainsi que de pouvoir répercuter plus directement des informations et décisions importantes auprès de ses Églises membres. Cela serait une contribution à une plus grande sensibilisation de la Suisse aux questions européennes. Enfin et surtout, cela donnerait à la FEPS l’opportunité de participer plus activement au processus d’intégration européenne et à la construction d’une communauté européenne basée sur des valeurs.