Une infirmière rurale zambienne lauréate du Prix Sylvia Michel

Le dimanche cependant, Agnes Lisulo Mulemwa était le centre d’attention d’une cérémonie en Suisse au cours de laquelle lui fut remis le Prix Sylvia Michel en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la formation de femmes aux fonctions de leadership.

Ses actes parlent plus fort que ses paroles. En toute modestie, une infirmière zambienne passe ses années de retraite à modifier tranquillement la vie des femmes de sa communauté rurale par un projet combinant procuration de revenus, formation au leadership et soins de santé. Hier cependant, Agnes Lisulo Mulemwa était le centre d’attention d’une cérémonie en Suisse au cours de laquelle lui fut remis le Prix Sylvia Michel en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la formation de femmes aux fonctions de leadership.

« Je me sens comblée et confuse, » disait Mulemwa face à la foule rassemblée à l’Eglise réformée de Morat, au nord-est de Genève, pour un service de célébration. « C’est trop pour moi. »

Le prix – décerné conjointement par la Communion mondiale d’Eglises réformées et les femmes présidentes d’Eglises réformées en Suisse – porte le nom de la première femme présidente d’une Eglise en Europe. Il est doté de 5.000 USD.

L’ancienne infirmière principale a été honorée pour avoir créé le Liyoyelo Batik Centre à Senanga, une communauté dans le sud-ouest de la Zambie. Ce projet offre une formation en vue d’activités rémunératrices telles que la fabrication de batik et de bougies ou la cultivation de fruits et de légumes.

Mulemwa travaille avec un réseau de femmes d’Eglise sous le nom d’Anamoyo, connu pour son engagement actif dans le service communautaire au nom de l’Eglise.

Martina Zurkinden-Beneš, vice-présidente du Conseil synodal de l’Eglise réformée de Fribourg, a rendu hommage à Mulemwa en disant que les femmes Anamoyo sont une preuve vivante de l’adage: « Investissez dans une femme, et vous investirez dans un village. Vous investirez dans le monde. » « Nous n’avancerons dans nos Eglises et dans la société qu’en reconnaissant les dons apportés par les femmes, » disait Zurbinden-Beneš.

Hedwig Schneider, ancienne présidente du Conseil synodal de l’Eglise de Fribourg, avait proposé le nom de Mulemwa comme lauréate pour ce prix. Les deux femmes s’étaient rencontrées lorsque Schneider se trouvait en Zambie pour une action d’entraide. Le matériel qu’elle y apportait comportait un équipement pour faire du batik. Mulemwa s’était mise à en apprendre les techniques de fabrication et à en transmettre les compétences à d’autres personnes de sa communauté. Par la suite, le projet fut élargi pour inclure la cultivation de fruits et de légumes à l’intention de personnes vivant avec le VIH et le SIDA.

Les femmes couvrent de longues distances à pied pour soigner les malades dans la région, leur apportant des fruits et des légumes. « Souvent, nous avons les pieds enflées en arrivant à destination, » dit Mulemwa.

Habillée d’un vêtement traditionnel de couleur gaie, selon le style introduit par les premières femmes missionnaires arrivées dans leur pays, Mulemwa a été accueillie par des paroles de bienvenue prononcée dans sa propre langue par Nicole Fischer, linguiste et ancienne missionnaire suisse.

Isabelle Chassot, Conseillère d’Etat du canton de Fribourg, disait à Mulemwa: « En apprenant tout ce que vous avez accompli j’ai l’impression d’être en présence d’une femme dont le monde est la patrie. »

Patricia Sheerattan-Bisnauth, responsable du programme ‘Justice entre les genres’ de la CMER, a rendu hommage à Mulemwa et aux femmes qui collaborent avec elle en disant « qu’elles nourrissent et maintiennent la vie, et qu’elles apportent de l’espoir à leur communauté. » La cérémonie a eu lieu le jour même qui marque le 120ème anniversaire de la décision en Suisse d’octroyer le droit de vote aux femmes en matière d’élections ecclésiastiques. Ce n’était qu’au cours des années 1970 que les femmes suisses ont obtenu le droit de vote au niveau politique.

La CMER a été créée en juin 2010 par la fusion entre l’Alliance réformée mondiale (ARM) et le Conseil œcuménique réformé (REC). Les 230 Églises qui la composent représentent 80 millions de chrétiens et s’investissent dans le monde entier dans des actions au service de la justice économique et climatique, de justes relations entre femmes et hommes, dans la mission et la coopération entre chrétiens de différentes traditions.

La Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS rassemble 26 Églises (24 Églises réformées cantonales, l’Église Évangélique Méthodiste en Suisse et l’Église évangélique libre de Genève). La FEPS représente au niveau national et international les 2,4 millions de protestants (selon le recensement fédéral de 2000) pour toutes les questions ecclésiales. Organisée en fédération, elle est dirigée par un Conseil de 7 membres présidé par le pasteur Gottfried Locher. Elle a son siège social à Berne.

Auteur: 
CMER/FEPS