Salaires très élevés: liberté ou provocation?

Dans sa série « 10 questions – 10 réponses », la Fédération des Églises protestantes de Suisse s’exprime sur l’incitative populaire fédérale « contre les rémunérations abusives » et sur le contre-projet indirect.
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Les chrétiennes et les chrétiens réformés sont opposés aux rémunérations abusives, à la création démesurée et injustifiée d’avantages financiers. L’économie doit aussi garantir aux membres les plus faibles de la société des conditions de vie convenables. C’est ce qu’affirme la Fédération des Églises protestantes de Suisse dans la brochure qu’elle publie aujourd’hui « Salaires très élevés : liberté ou provocation ? ». En dix questions-réponses, la Fédération des Églises s’exprime dans le débat sur l’initiative fédérale « contre les rémunérations abusives ».

La discussion a été déclenchée par les très hautes rémunérations du management de pointe dans de nombreuses entreprises. La cohésion sociale se trouve menacée « lorsque des salaires excessifs sont considérés par une grande partie de la population comme une provocation insupportable » constate la Fédération des Églises dans sa brochure.

Dans l’économie, les salaires dépendent de la liberté de contracter. Mais « Il n’y a pas de liberté sans responsabilité. La liberté sans égard se détruit elle-même. » Les très hauts salaires d’aujourd’hui ne sauraient être justifiés par l’équité de la prestation, précise la Fédération des Églises : « Le principe de l’équité des besoins en souffre aussi. »

La Fédération des Églises réitère sa demande, posée depuis plusieurs années déjà, de limitation des rémunérations très élevées dans le management proportionnellement au salaire le plus bas dans la même entreprise. La juste mesure pour des indemnités est réalisée lorsque les écarts salariaux sont dérivés de valeurs comme celles qui étaient traditionnellement en cours dans beaucoup de pays industrialisés jusque dans les années 80. En considérant les salaires des managers et des membres de conseils d’administration exposés, il apparaît que l’écart salarial dans un rapport de 1:40 peut se défendre comme valeur indicative. Si l’on compare les salaires moyens des membres de la direction d’un consortium et des membres du conseil d’administration avec le salaire le plus bas dans une entreprise, c’est un rapport inférieur qu’il faut viser.

L’initiative elle-même contient certes des préoccupations éthiques essentielles, mais du fait de ses « nombreuses dispositions détaillées » ne crée pas davantage de liberté ni de justice sociale. Considérer que le problème réside uniquement dans la cupidité de l’individu est en outre trop simpliste pour la Fédération des Églises: « Il faut un juste partage des revenus, des ressources et de la richesse en général. » Mais l’équité du partage ne semble être un but ni pour l’initiative ni pour le contre-projet indirect.

C’est sur ce point que réside, pour la Fédération des Églises, « la faiblesse de la discussion actuelle autour des rémunérations abusives ». Il faudrait au contraire aborder les conditions cadres de l’économie. Le système financier devrait être protégé et développé comme bien global public. L’équité internationale des impôts et des critères durables pour les dépenses publiques représentent d’autres exigences : « Que la lutte contre les rémunérations abusives détourne de ces grands défis décisifs est une menace à prendre au sérieux » conclut la brochure de la Fédération des Églises.